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Interview de Vincent Dumont

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6 avril 2020

Directeur Général de CHAIKANA et Vice-Président de LEVENEMENT en charge des relations Agences/Annonceurs.

M&T : vous avez début mars alerté les pouvoirs publics à propos de la situation du secteur de l’événementiel. Considérez-vous que vous avez été entendu ? Les mesures annoncées répondent-elles à vos attentes ?

Effectivement, dès le 4 mars, nous lancions une campagne de sensibilisation « 335.000 emplois contaminés », alertant sur l’impact de la crise à venir pour l’ensemble de la filière, agences, prestataires et indépendants. Très vite, les pouvoirs publics, et en particulier Bruno Le Maire, Muriel Pénicaud et Agnès Pannier-Runacher ont été à notre écoute, et ont pris la mesure de ce qui était en train de se passer. Les premières mesures qui ont été rapidement prises vont dans le bon sens : délais de paiement pour les échéances sociales et fiscales, assouplissement du chômage partiel, aides aux petites entreprises et aux indépendants, sensibilisation des entreprises aux règles de bonne conduite (contrats, délais de paiement, …).

M&T : l’activité des agences est à l’arrêt depuis de longues semaines. Une enquête menée le 25 mars auprès d’un panel d’agences anticipe une baisse d’activité de 50% pour l’année 2020 et de 30 % pour l’année 2021. Comment dans ces conditions les agences vont-elles pourvoir s’en sortir ? Avez-vous déjà des remontées concernant des agences en très grande difficulté ?

Les agences mènent actuellement 2 situations d’urgence pour la sauvegarde de leur entreprise et surtout des emplois. 90% d’entre elles ont fait une demande de chômage partiel et de nombreuses agences sont actuellement en discussion avec leurs banques et BPI pour bénéficier des différentes solutions de prêts mises en place pour palier aux difficultés de trésorerie. Il est encore trop tôt pour parler d’agences « en très grande difficulté » mais les semaines à venir vont vite nous éclairer, en particulier sur le maintien ou non des événements du second semestre.

M&T : au-delà des mesures annoncées par le gouvernement, qu’est-ce qui peut aider les agences les plus fragiles a passer le cap ? Allez-vous demander à l’état la mise en place de nouvelles mesures pour éviter des faillites ?

On ne pourra pas tout attendre de l’état ! L’annonce d’un fonds de soutien et d’un plan de relance sont des pistes intéressantes, dont il faudra connaitre l’ambition et les modalités. La responsabilité est aussi du côté des annonceurs. La période de profondes transformations qui nous attend nécessitera inévitablement d’embarquer toutes les parties-prenantes, dont les collaborateurs, et ça ne passera que par l’échange, la relation et la rencontre. La tentation de coupes budgétaires drastiques viendrait accélérer les difficultés des agences, mais surtout serait une erreur pour mettre en œuvre cette dynamique transformative.

M&T : à quelle échéance imaginez-vous une reprise même partielle de l’activité événementielle ? Cette dernière ne risque-t-elle pas d’être en décalage de plusieurs mois par rapport à la reprise dans l’industrie et les services ?

La reprise dans l’industrie et les services va être progressive et différente selon les secteurs d’activité, il n’y aura pas un D-Day ! Nous manquons complètement de visibilité aujourd’hui pour évoquer la question d’un agenda de reprise. Comme je l’évoquais précédemment, cette reprise va être conditionnée à l’attitude des annonceurs vis-à-vis de leurs investissements en communication événementielle. Tout le monde s’accorde sur le besoin de rencontres à la sortie d’une période de « frustration relationnelle », mais nous restons prudent sur sa traduction dans les faits et sur la réalité des moyens qui y seront consacrés

M&T : au delà, qu’est-ce qui garantit qu’au lendemain de cet épisode, les entreprises vont consacrer autant de ressources pour leurs opérations événementielles. Ne seront-elles pas tentées de réorienter leurs budgets vers d’autres formes de communication ?

Absolument rien ne le garantit ! Quand Microsoft annonce la numérisation de ses événements jusqu’en juillet 2021, on peut s’interroger sur la question ! La question n’est pas tant de savoir s’il y aura une réorientation des budgets vers d’autres formes de communication, c’est surtout, déjà, que les budgets de communication soient maintenus. Après, peut-être que le mix évoluera, et nous devrons être imaginatif pour s’y adapter, en inventant de nouvelles approches de la rencontre. Mais je le maintiens, ne plus vouloir se voir et partager dans la « vraie vie » est une ineptie et un non-sens en termes de communication.

M&T : vous avez appelé les annonceurs à faire preuve de solidarité vis à vis des agences, notamment en maintenant leurs investissements événementiels et en réduisant les délais de paiement des acomptes et soldes. Avez-vous été entendu ? Que dites-vous à ceux qui mettent en doute cette solidarité ?

De ce qui me remonte de mes confrères, cette solidarité est aujourd’hui très inégale. Les mises en garde de Bruno Le Maire vis-à-vis des entreprises qui ne joueraient pas le jeu, avec la possibilité de faire appel au médiateur de la République, vont dans le bon sens, mais dans la réalité, elles ne sont pas toujours entendues. Des annonceurs ont vraiment pris la mesure de la situation et agissent avec beaucoup d’écoute et de bienveillance, en essayant de trouver les solutions adaptées avec leurs agences … et d’autres non ! C’est intéressant d’observer à quel point, les vraies valeurs des entreprises se révèlent dans ces contextes de crise.

M&T : dans une tribune publiée mardi dernier, vous jugiez souhaitable que les « lignes bougent dans le schéma relationnel entre agences et annonceurs, mais aussi entre agences et prestataires ». De quelle manière peuvent-elles bouger ? Allez-vous être force de proposition en ce domaine ?

J’ai utilisé une expression qui a fait écho : changer de place autour de la table pour s’asseoir à côté et non plus en face ! … elle résume la philosophie de cette évolution relationnelle. Il est prématuré aujourd’hui d’en dessiner ses nouveaux contours, mais des axes de réflexions émergent : comment générer plus d’intelligence collective, avoir plus d’approches collaboratives, plus d’agilité et de transparence, … Les agences vont bien sûr y contribuer, mais je pense surtout que la réflexion devra être collective avec les annonceurs, les prestataires et les indépendants. Sous quelle forme, je l’ignore encore … ca fait partie des sujets à inventer !

M&T : l’optimisme est-il toujours de rigueur pour les acteurs de la filière événementielle ?

Ce n’est pas le mot que je citerais spontanément ! Ce qui est sûr, c’est qu’il y a aujourd’hui beaucoup de solidarité, et une très forte volonté commune de ne pas rester inactif face à la situation, de prendre des initiatives et d’être créatifs, qui est la base même de notre métier.

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Vincent DUMONT dirige l’agence CHAIKANA, qu’il a cofondé en 1992. Aujourd’hui intégrée à la BABEL Family, CHAIKANA conçoit l’événement comme un accélérateur d’engagement et est devenue une référence pour les événements internes à fort contenu. Vincent accompagne par ailleurs de nombreux dirigeants d’entreprises dans leurs prises de parole (fond et forme) à travers le programme spécifique Leaders Voice.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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