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Interview d’Amélie Déchénais

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20 juillet 2020

Responsable du Bordeaux Convention Bureau

M&T : le secteur Mice est en sommeil depuis plus de 4 mois. Comment Bordeaux a vécu cette crise sans précédent ?

Du point de vue des demandes, le secteur corporate (événements d’entreprises) a été à l’arrêt pendant 2 mois, les demandes ont repris depuis début juin. En revanche sur les dossiers congrès, il n’y a pas eu d’arrêt complet, les candidatures en cours pour les années prochaines ont suivi leur cours, nous enregistrons néanmoins un ralentissement des nouvelles demandes. Pour nos professionnels (centres de congrès, lieux réceptifs, hôtels, agences, prestataires, etc.), la période a été dense et éprouvante. Plusieurs étapes ont demandé aux professionnels du Mice une implication et une flexibilité sans faille. La 1ère période qui a encouru jusque fin avril a demandé un grand travail auprès des clients pour trouver des solutions de report et un équilibre entre la préservation d’une relation commerciale saine et le maintien de leurs entreprises et salariés, avec une surcharge administrative indéniable. La destination a su se mobiliser rapidement pour faciliter le report des événements. Nous avons créé un tableau collaboratif en ligne que les hébergeurs remplissent avec leurs disponibilités en temps réel et que les sites d’accueil peuvent consulter. Nous réfléchirons en septembre à pérenniser cette action. La 2ème période au mois de mai s’est concentrée sur les plans de continuité d’activité, la mise en place des mesures sanitaires pour être prêts pour la réouverture en juin. Enfin, la 3ème période en juin a permis une reprise « en douceur » avec les réouvertures, les premiers clients accueillis, les petits groupes, avec un gros travail de formation du personnel aux nouveaux gestes. En parallèle, les professionnels ont dû assurer la gestion des demandes, les clients à rassurer, le tout avec des équipes toujours réduites.

De manière générale, la destination Bordeaux est unie et mobilisée. Cette crise a accentué et resserré les liens entre nos professionnels qui ont su se parler, travailler et avancer ensemble toujours pour apporter le meilleur service et accueil à nos clients. En parallèle, l’Office de tourisme et des congrès de Bordeaux Métropole (OTCBM) a travaillé avec les institutions et les autres destinations à un plan de relance communication et commercial. Nous avons par exemple mis en place des webinaires thématiques début juin pour reprendre le contact avec les clients. Le dernier sur les incentives éco-responsables a même proposé une visite en live du bassin d’Arcachon, l’objectif étant de faire vivre une expérience bordelaise singulière malgré la distance !

M&T : quel a été l’impact économique pour la ville ? Avez-vous enregistré de nombreuses annulations d’événements ?

Avant le Covid, l’année 2020 à Bordeaux s’annonçait comme un grand cru car plus de 15 événements professionnels de plus de 5 000 personnes étaient confirmés comme la RoboCup, le congrès national de l’Ordre des Experts Comptables... L’impact économique est difficilement calculable mais il est très important puisque rien qu’en hôtellerie le tourisme d’affaires représente 50% des nuitées (6,35 millions en 2019). Si l’on prend l’année 2018 en référence, qu’on supprime les mois de mars à juin et qu’on diminue de 40% l’activité de la fin de l’année, on comptabilise 260 000 journées congrès, soit seulement 46% de l’activité effectivement observée (plus de 565 000 journées congrès). Il y a jusqu’à maintenant une majorité de report sur les congrès, le corporate a annulé de manière plus majoritaire.

M&T : les collectivités territoriales - ville, agglomération, département et région - ont-ils soutenu la filière ?

De manière générale la filières CHR a été soutenue par les fonds d’urgence. La ville de Bordeaux, Bordeaux Métropole, les chambres de commerce, des métiers, de l’artisanat et la Région Nouvelle Aquitaine ont également mis en place de nombreuses aides. Certains métiers de la filière événementielle n’ont pas eu d’aide spécifique et ont été touchés de plein fouet, tels que les traiteurs, les prestataires audiovisuels, etc. L’OTCBM s’est attaché pendant toute la crise à soutenir humainement ses partenaires, nous avions des contacts téléphoniques réguliers, nous avons organisé des tables rondes pour que les professionnels du même domaine puissent échanger et trouver les solutions ensemble. Nous envoyons une newsletter toutes les semaines avec différents sujets : les aides proposées, les mobilisations remarquables de la filière, nos actions pour soutenir la reprise… Enfin, grâce à une subvention exceptionnelle versée par Bordeaux Métropole, l’OTCBM a pu exonérer ses adhérents des cotisations et financer un plan de communication.

M&T : officiellement, l’événementiel va reprendre du service le 1er septembre avec la réouverture des sites de réunion et de spectacle. Comment abordez-vous cette phase ?

Nous sommes prêts et entraînés, et surtout nous avons envie ! A Bordeaux les principaux centres de congrès et d’exposition gérés par Bordeaux Events ont rouvert depuis le mois de juin avec notamment un concours de médecine. La plupart des hôtels ont accueilli des journées d’étude et séminaires de petit format. Nous avons la chance d’avoir un parc des expositions parmi les plus vastes d’Europe, ce qui nous permet d’être flexible et d’envisager de grands événements tout en respectant scrupuleusement les mesures sanitaires. Autre point important, nous avons connu une très forte activité la première semaine du mois d’avril pour les dégustations des primeurs. Cet événement réparti sur de nombreux lieux n’a pu se tenir mais il était important pour les domaines de trouver une solution et de mettre en place rapidement les mesures sanitaires pour organiser des dégustations. Je vous laisse imaginer quel niveau d’attention il faut pour organiser une dégustation de vin dans le respect des normes sanitaires ! Défi relevé la première semaine de juin pour l’Union des Grands Crus. Ronan Laborde, président de l’UGCB le confirme : « on a eu 7 sessions qui se sont déroulées en même temps, dans 7 salles différentes, ce qui fait que nous avons reçu en 2 jours 450 personnes sélectionnées ».

M&T : la réouverture des sites ne signifie pas un retour automatique des événements. Que faut-il pour que la filière Mice retrouve des couleurs ? Qu’avez-vous envie de dire aux organisateurs de congrès ou d’opérations inventives ?

Que la rencontre est créatrice de valeur, « l’homme est un être sociable ». Sans interaction, il ne peut se développer, s’améliorer et créer. On peut en déduire que les événements sont indispensables pour le bon développement de nos entreprises, de la recherche et l’innovation ! A Bordeaux, nous avons de l’espace, 70 000 m² d’espaces de congrès couverts et nous sommes au cœur d’une région remplie de promesse : patrimoine, vigne et océan !

M&T : avez-vous adopté des mesures particulières pour rassurer les groupes ?

Notre Office a mis en place toutes les mesures sanitaires réglementaires et nous communiquons sur notre site et réseaux sociaux sur les mesures prises par nos partenaires.

M&T : de nombreuses destinations mettent en place des événements hybrides. Est-ce une alternative que vous privilégiez ?

Nous ne sommes pas gestionnaires de site ni organisateur d’événements mais nos sites d’accueil et prestataires audiovisuels proposent ces prestations. En effet, il faudra revoir les modèles économiques pour que cela puisse rester financement viable pour nos infrastructures et nos clients.

M&T : l’arrivé à la mairie d’un élu Vert peut-elle remettre en cause la stratégie offensive développée ces dernières années par la ville sur le segment Mice ?

La stratégie de développement poursuivie par le Bordeaux Convention Bureau depuis toujours est un développement respectueux et attaché à la valorisation des forces vives du territoire. Nous avons toujours préféré les prospections ciblées via notre Club des Ambassadeurs qui regroupe des personnalités locales universitaires, scientifiques et de l’ingénierie. Depuis 2019, nous nous sommes déjà engagés concrètement dans une démarche durable en intégrant le GDS-Index, principal programme d’analyse qui évalue plus de 50 destinations à travers le monde sur leurs engagements éco-responsables dans l’événementiel. Nous pilotons également un projet de certification ISO 20121 labellisée « Destination Internationale Responsable » au sein d’un groupe restreint de destinations françaises. C’est la première fois dans le monde que nous cherchons à étendre cette certification bien connue du secteur événementiel à l’ensemble des activités touristiques d’une destination. Nous projetons une certification l’an prochain. La crise que nous traversons ne peut que nous inviter à renforcer ces actions.

M&T : on oublie 2020. A quoi doit ressembler 2021 ?

2021 sera une période d’adaptation et d’intégration des effets de la crise que l’on vient de vivre. En tant que bureau des congrès, nous sommes à l’écoute attentive des nouvelles attentes et nous réfléchirons avec les clients pour adapter nos métiers. Tous les beaux événements que nous aurions dû accueillir en 2020 sont reportés en 2021 donc on croise les doigts et on espère que 2021 sera un grand cru pour Bordeaux !

Pour plus d’informations : https://congres.bordeaux-tourisme.com

 

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