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Interview de Pierre-Louis Roucaries

Français
8 juillet 2020

Président délégué UNIMEV et Directeur de l’Office du Tourisme et des Congrès de Mandelieu-La Napoule

M&T : la filière événementielle va enfin pouvoir reprendre du service le 1er septembre. Comprenez-vous que le gouvernement ait tardé à entendre les demandes des acteurs de la filière ?

Cette crise est inédite, elle nous a pris de court et nous avons tous navigué à vue, y compris les services de l’Etat. Même si notre secteur a été touché de plein fouet dès le début de la crise, nous n’avons pas été les seuls à être profondément impactés et nous comprenons que face à de très nombreuses sollicitations, la priorité du gouvernement ait été d’assurer la santé et la sécurité de tous. Mais il a pu aussi entendre nos demandes et mettre en place des mesures de sauvegardes de nos entreprises.

M&T : ces longs mois d’inactivité ont évidemment fragilisé nombre d’entreprises du secteur. Avez-vous aujourd’hui une idée précise des dégâts économiques et des pertes financières ?

Nous estimons à 15 milliards d’euros les pertes dues à la crise pour les entreprises événementielles et touristiques, sur la période de mars à août 2020, soit près d’un tiers de l’activité annuelle française. Cette estimation est répartie à parts quasiment égales entre :
- Les entreprises mobilisées dans l’organisation de salons, congrès, événements d’entreprise et d’institution, les parcs d’exposition, palais des congrès, lieux réceptifs et l’ensemble de la chaîne de prestations de services nécessaires à la mise en œuvre qualitative de ces événements,
- Les entreprises mobilisées dans les transports et l’accueil touristique des publics participant à ces événements sur les territoires (hôtellerie, restauration, commerce local).

M&T : au-delà des aides diverses apportées par l’état - prêt garanti, chômage partiel, aide aux entrepreneurs - demandez-vous au gouvernement d’amplifier ces mesures et/ou de les accompagner d’autres dispositifs ?

Il faut comprendre qu’un événement se conçoit et s’organise de long mois à l’avance. Il est donc urgent d’obtenir une parole publique qui permette d’avoir de la visibilité sur une longue période afin de pouvoir anticiper les opérations et engager des actions de communication et de commercialisation. Nos demandes portent principalement sur le maintien en l’état jusqu’à la fin de l’année des dispositifs d’activité partielle et d’exonération de charges patronales. Nous souhaitons aussi que les entreprises françaises soient aidées par des allégements fiscaux pendant un an pour participer aux foires et salons.

M&T : l’activité reprend le 1er septembre, mais rien ne dit que les clients vont être au rendez-vous. Comment abordez-vous cette phase ?

Nous sommes des professionnels de la rencontre, c’est notre métier d’organiser et accueillir des rassemblements. Après les attentats de 2015, nous avons été en capacité de répondre à la contrainte sécuritaire pour maintenir les événements. Avec le Covid-19, nous ajoutons juste l’aspect sanitaire. Pour cela, nous avons élaboré collectivement un référentiel sanitaire avec le collectif d’associations représentatives du secteur (composé d’UNIMEV, Créalians, Coésio, Lévénement, France Congrès et Evénements, Synpase et Traiteurs de France). Cet outil permettra de réassurer les clients quant à nos capacités à assurer la sécurité dans nos événements. Et pour redonner confiance aux clients, UNIMEV s’attache à démontrer la valeur ajoutée des rencontres en termes de business, d’innovation, de contenus, de co-construction, de transition des écosystèmes vers des modèles durables…

Enfin et pour aborder cette phase sereinement, nous incitons aussi les organisateurs à prévoir des plans A (événement physique), B (événement hybride) et C (événement digitalisé).

M&T : de grandes entreprises et pas des moindres ont déjà annoncé leur intention de réduire le nombre de leurs événements et leur budget de communication. Rien de très encourageant pour la filière événementielle ?

Les rencontres professionnelles restent un outil indispensable pour les entreprises françaises et la relance de l’économie :
- Les foires et salons peuvent offrir à leurs exposants un retour sur investissement de 8€ pour 1€ investi.
- Les salons internationaux permettent aux entreprises de réaliser 1/3 de leur chiffre d’affaires à l’export. Ils constituent d’ailleurs pour de nombreuses TPE/PME/ETI l’unique moyen d’accéder aux marchés étrangers et de mettre en avant les innovations.
- Les événements d’entreprises offrent à leurs participants de la mobilisation, du partage de connaissance et de projets, de l’engagement, du rayonnement de leurs marques et de l’activation de leurs ventes.
- Les congrès sont des espaces de découvertes et de formation, favorisant la diffusion des avancées et la transformation de la société. Un des principaux défis est donc de démontrer aux donneurs d’ordres que l’événement n’est pas une dépense de communication, mais bien un investissement dans le développement et la transformation de son entreprise. De plus, le confinement a prouvé une chose essentielle : la rencontre physique est un besoin pour les uns et les autres. Dès le déconfinement, nous avons voulu très rapidement revoir nos amis, partager des moments de convivialité, se rencontrer… les solutions digitales nous ont aidé, même amusé au début mais elles se sont rapidement révélées comme insuffisantes et frustrantes.

M&T : même si elle n’est pas terminée, l’année 2020 est déjà la plus sombre que le secteur ait connu depuis 30 ans. Qu’est-ce qui peut faire que 2021 soit meilleure ?

Une transformation des modèles, la compréhension de l’importance des rencontres professionnelles pour la relance des économies, mais également pour la transformation en profondeur de ces économies. Par ailleurs, les événements doivent également montrer l’exemple et se positionner eux-mêmes comme des instruments stratégiques de marketing responsable de leurs commanditaires, qu’ils soient entreprises, filières animées ou territoires.

M&T : comment se présente la reprise au palais des congrès de Mandelieu que vous dirigez ? Combien d’événements avez-vous réussi à sauver sur le second semestre ?

Beaucoup de nos événements du premier semestre ont été reportés sur 2021 en particulier les congrès internationaux. Au vu des nouvelles demandes d’événements sur 2021 depuis le début du mois de juin, nous espérons réaliser 110 à 120 % du chiffre d’affaires de 2019 ce qui nous rend optimiste sur un rebond salutaire de l’activité.

C’est dans ce contexte de reprise où l’innovation et le service au bénéfice de créativité sont des marqueurs importants dans le secteur du Tourisme d’Affaires, que le Centre Expo Congrès (CEC) de Mandelieu-La Napoule annonce deux nouveaux services innovants et exclusifs : LeStudioAzuravec Novelty et la Social Network Room.

M&T : allez-vous favoriser d’autres formats pour rassurer les clients, par le biais d’événements hybrides ?

Cette crise sanitaire nous a laissé un peu de temps pour réfléchir à des nouveaux formats. Même si la présence physique restera la priorité, nous devons réfléchir à des événements phygitaux, c’est-à-dire qui allient du présentiel et du virtuel.

Pour plus d’informations : www.unimev.fr

 

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