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Interview de Jean-Pierre Pinheiro

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2 juin 2020

Directeur France de l’Office du Tourisme du Portugal et Président de l’ADONET (Association des Offices Nationaux de Tourisme Étrangers en France)

M&T : le Portugal a traversé la crise de la Covid-19 mieux que d’autres pays en d’Europe avec un nombre de décès inférieur à 1 300. A quoi est-ce dû ?

Nous avons très rapidement appliqué les restrictions sans attendre de voir la pandémie empirer. Les autorités ont vite décrété le confinement ou les restrictions aux frontières. Important de signaler toutefois que nos frontières n’ont jamais été fermées et qu’il n’y avait pas de verbalisation pendant le confinement. Les autorités portugaises ont fait confiance aux portugais et à leur sens des responsabilités.

M&T : les mesures de confinement ont été largement allégées dès le 4 mai. Qu’en est-il du secteur du tourisme ? Comment sort-il de cet épisode ?

Nous avons été effectivement parmi les premiers à être déconfinés. Et depuis le 18 mai, les restaurants et cafés ont réouverts, ainsi que les musées. Les plages seront totalement ouvertes à la fréquentation loisir dès le 6 juin prochain. Mais, bien avant cela, nous avons travaillé pour préparer la relance du tourisme, préparer les lieux d’accueil. Là aussi, nous avons été les premiers à lancer un label de garantie sanitaire et d’hygiène. Le label Clean&Safe a été mis en place avec l’agence de sécurité sanitaire du Portugal. Nous avons établi ensemble un programme, des critères très strictes afin de garantir la sécurité et de rassurer les clients, que ce soit dans les hôtels, dans les restaurants et cafés, dans les entreprises d’animation touristique, dans les lieux de visite etc… Plus de 8 000 entités en ont fait la demande depuis le début du programme. C’est un véritable succès. Et c’est aussi un message fort que nous voulons passer aux touristes. Venez, nous sommes prêts et prenons très au sérieux la sécurité de nos visiteurs.

M&T : à quelle échéance les étrangers vont-ils pouvoir se rendre dans le pays ? Sous quelles conditions et sur la base de quelles mesures sanitaires ? La saison estivale va-t-elle pouvoir être sauvée ?

Ce sont des questions qui ne dépendent pas que de nous. Les restrictions actuelles sont aussi, et surtout, le fait de certains pays émetteurs, dont la France. Jusqu’à il y a encore quelques jours, les français ne pouvaient pas voyager au-delà de 100 km de leur domicile. Aujourd’hui, les autorités françaises ne se sont pas encore prononcées définitivement sur la réouverture des frontières. Il n’est plus un secret pour personne que les pays membres de l’UE, la Commission de l’UE, notamment, discutent pour établir une date commune de réouverture des frontières dans l’espace Schengen. La date du 15 juin est très probable. Nous attendons donc cette annonce qui libèrerait les Français de pouvoir réserver leurs vacances à l’étranger. Nous allons donc présumer que ce sera alors la date de relance concrète de l’activité depuis les marchés émetteurs. Car le tourisme interne a déjà repris depuis près de deux semaines. Mais, nous savons d’ores et déjà, par le biais des partenaires compagnies aériennes, tours opérateurs ou OTA’s que les réservations reprennent petit à petit depuis l’allocution du Premier Ministre français de la semaine dernière et que le Portugal se positionne très bien, parmi le top 3 des destinations les plus réservées. C’est de bon augure.

M&T : des campagnes de promotion à l’international sont-elles prévues pour convaincre les étrangers de fréquenter le Portugal, notamment sur le segment Mice particulièrement impacté ?

Pendant la période de confinement, nous avons lancé deux campagnes. La première était Can’t Skip Hope, une campagne inspirationnelle où l’on encourageait les personnes à rester chez elles et à continuer à rêver de leur prochain voyage au Portugal lorsque le moment sera venu. Puis, nous avons lancé la campagne Read Portugal (Lire le Portugal) qui encourage à « voyager » à travers nos auteurs, nos poètes, nos écrivains… Mais, dès l’annonce de réouverture des frontières françaises, nous reprendrons progressivement nos campagnes de promotion institutionnelle mais aussi avec nos partenaires. Nous sommes en discussion avec nos différents partenaires compagnies aériennes, tours opérateurs, distributeurs pour envisager cela dans les meilleurs conditions. Cela va aussi dépendre de la capacité que les uns et les autres auront à reprendre les opérations. Quant au Mice, nous attendons de savoir comment cela va évoluer. Pour l’instant, il n’est pas possible d’organiser des réunions de plusieurs centaines ou milliers de personnes. L’activité va prendre du temps à se relancer. Evidemment, nous comptons sur une relance plus rapide pour le marché interne. Mais, les évènements internationaux vont prendre du temps. Il y a quelques évènements importants qui étaient déjà prévus avant le Covid et/ou qui ont été reportés au dernier semestre. Il y a certains grands évènements comme Les Planetiers à Lisbonne en octobre ou encore A World for Travel à Evora en novembre. La question est de savoir quand les groupes étrangers vont vouloir reprendre les opérations hors de France. En tous cas, nous prévoyons en octobre une opération de promotion sur le marché français auprès des buyers. Nous relançons également notre programme d’aide aux évènements M.I internationaux, en renforçant d’ailleurs les aides aux évènements qui auraient lieu dans les zones du pays à moins forte densité (intérieur du pays, par exemple). Plus d’infos sur : www.meetingsinportugal.com.

M&T : vous présidez l’ADONET, l’Association des Offices Nationaux de Tourisme Etrangers en France. Quel a été son rôle durant la crise ?

Nous avons principalement ouvré à mutualiser l’information, à échanger entre nous sur nos situations respectives, sur nos stratégies ou bonnes pratiques, ou encore à maintenir le dialogue avec la presse du secteur. Nous n’avons pas de rôle de représentation de nos pays auprès des autorités françaises. Ce n’est pas le rôle de l’ADONET. Il est impossible de parler d’une seule voix en ce domaine. Nous comptons 60 membres et beaucoup ont des politiques différentes, de la gestion du covid, de la gestion de leur communication etc…

M&T : prévoyez-vous des actions communes pour re-dynamiser le marché. Tous les pays membres ont-ils la même vision de la reprise ?

L’Adonet ne fera jamais d’actions de promotion au nom de ses membres. Chaque membre a la souveraineté de sa stratégie et de sa communication. En revanche, nous travaillons sur des actions communes avec les acteurs, que ce soit la presse ou les TO’s et agences. Et la première, après le déconfinement, devrait être le Clic d’Or en partenariat avec le Salon des Influenceurs Voyage en octobre.

M&T : d’aucuns prédisent que le voyage pourrait être durablement pénalisé suite à cette crise. Partagez-vous cet avis ? Le voyage a-t-il encore de l’avenir, notamment dans le secteur Mice ?

On lit beaucoup de choses à ce sujet. Un certain nombre de personnes s’aventurent à des prédictions. Je pense qu’il est difficile de prévoir à moyen terme la réaction des consommateurs et des voyageurs. Le besoin de voyager demeure. C’est un besoin social, culturel, économique et pour notre équilibre moral. Quant à la transformation du tourisme, de la consommation et de son offre, évidemment l’épisode du Covid-19 laissera des traces. Mais, on sait que cette transformation était déjà engagée, et surtout, souhaitée par un certain nombre, bien avant cette crise sanitaire mondiale. Les débat sur la surconsommation touristique, sur la pression touristique de certains lieux sur-fréquentés, sur les problèmes d’environnement, de durabilité etc. ne datent pas d’aujourd’hui. Il semble que l’industrie du tourisme devra se réinventer, se remettre en question et suivre les préoccupations croissantes des voyageurs, des consommateurs. Mais, soyons prudents et ne pensons pas que demain tout le monde voyagera en train, ou diabolisera l’avion et les voyages à l’autre bout du monde. La démocratisation du tourisme ne fait pas toujours bon ménage avec les théories idéalistes de certains bien-pensants, souvent privilégiés, qui prennent plaisir à nous annoncer la fin du tourisme de masse, accessible à tous. Mais le débat est intéressant et nécessaire. On voit des groupes de discussion se créer sur les réseaux sociaux. J’ai pris part au groupe facebook et association « Respire, le Tourisme de Demain » en tant que coordinateur du thème « Le Tourisme Vertueux ». C’est impressionnant de voir à quelle vitesse il grossit. Plus de 2 000 membres en quelques semaines. Le débat est lancé. Et, en novembre prochain, le Portugal accueille le premier grand forum international regroupant divers acteurs autour de ces questions de transformation du tourisme, à savoir à la fois les politiques, les institutionnels, les industriels et les privés mais aussi les ONG’s, les habitants, le public. Ce sera à Evora, le Forum A World for Travel.

M&T : quelles leçons tirez-vous de cet épisode extravagant, inconnu jusqu’alors ?

Nous réalisons que rien n’est immuable et qu’un tel évènement peut déstabiliser toute notre vie sociale et économique. Cela nous a aussi permis de montrer à quel point le voyage et le contact avec les gens, avec les différentes cultures sont vitaux pour l’humanité au sens premier du terme. Et nous avons vu aussi que les différents pays du monde pouvaient parler « presque » à l’unisson et agir en coordination. Et de façon beaucoup plus légère et terre à terre, on réalise que le télétravail, lorsqu’il est possible, permet de passer plus de temps avec sa famille plutôt que dans les transports. C’est une évolution probable dans notre façon de travailler à l’avenir.

 

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